PICASSO : TOROS Y TOREROS

 

Musée Picasso

du 7 avril au 28 juin 1993

Hôtel Salé

5, rue de Thorigny 75003 Paris

Téléphone : 42 71 25 21

 

Patricia Matos*

 

 

Pablo Picasso, principal auteur de la révolution cubiste vers 1910, est sans doute le peintre qui a le plus marqué l'art pictural du XXème siècle.

Le musée Picasso expose des uvres du peintre espagnol depuis sa période bleue (1901-1904), rose (1905-1907), cubiste, surréaliste et abstraite (1926-1936), jusqu'à la période expressionniste, dont la principale uvre est le célèbre Guernica de 1937, seul tableau historique du peintre.

Le Musée présente, du 7 avril au 28 juin 1993, l'exposition Toros y toreros, qui rassemble l'ensemble des uvres majeures de Pablo Picasso consacrées à la tauromachie.

Aficionado de la corrida depuis sa plus tendre enfance, le peintre andalou a régulièrement évoqué ce thème dans son uvre, utilisant des technqiues très diversifiées (peinture, sculpture, dessin...).

Véritable passion, la tauromachie, illustrée avec plus d'insistence dans les années 60, représente pour Picasso le symbole de la dualité : l'ombre et la lumière, le bien et le mal, la violence et la douceur, l'amour et la mort... l'essence même de la vie. Et plus particulièrement de sa vie d'artiste à la fois subjugué et révolté par le monde qui l'entoure.

De par sa dualité, le thème de la corrida est étroitement lié à celui du Minotaure, mi-homme, mi-bête, qui permettait au peintre de se représenter et d'exprimer ses sentiments sur la sexualité.

La religion est également présente dans les uvres relatives à la tauromachie, puisque Picasso associait le sacrifice de la bête dans l'arène à la crucifixion.

Le travail des organisateurs est particulièrement remarquable car ceux-ci ont méticuleusement rassemblé des objets ayant appartenu au peintre, objets parfois anodins, mais possédant une grande valeur sentimentale et qui montrent combien Picasso appréciait la tauromachie. Ainsi l'on peut voir des billets d'entrée pour différentes corridas à Nîmes ou à Madrid, des cartes postales, des photos de Pablo Picasso assistant à une corrida en famille, des photos de l'artiste accompagné de son ami torero, le célèbre Luis Miguel Dominguèn, et enfin les lettres échangées avec son entourage sur le thème de la corrida.

L'exposition Toros y toreros nous rappelle que, malgré son exil en France, Picasso n'a jamais oublié ses racines espagnoles. On arrive à cerner, à travers ses uvres, la personnalité du peintre. Ce n'est pas tant sa peinture que l'on découvre, mais l'homme, au-delà de l'artiste. Il n'y a pas de discussion possible sur la peinture de Pablo Picasso : on aime ou on n'aime pas. Il est toutefois indéniable qu'il était un artiste d'un immense talent.

Enfin, le plus étonnant, c'est que, mis à part les aficionados, la corrida est condamnée par une grande majorité, et pourtant elle prend une tout autre dimension dans l'uvre de Picasso. La corrida n'est plus cette pratique cruelle que l'on dénonce si fermement. La corrida, c'est presque un art.


Le mécénat humanitaire en action

 

Nadine Cuiburu*

Hèlène Durand*

Roger Odi*

 

Les premières rencontres internationales des partenaires de l'action humanitaire, Humagora, se sont tenues à Paris au Palais des Congrès, en avril 1994. Elles ont rassemblé plus de 170 associations. Présente au colloque, "Médecins sans frontières" a boudé l'exposition, "pur théâtre d'orateurs de la communication" selon Rony Brauman, ancien directeur. Le principal objectif d'Humagora était de provoquer la rencontre entre les acteurs de la solidarité humanitaire et les entreprises. L'événement, unique en France, avait pour ambition d'inciter les entreprises à s'investir dans le mécénat humanitaire. Pendant trois jours, tour à tour, les intervenants ont exposé leurs points de vue sur des thèmes tels le rôle des collectivités territoriales dans les partenariats de solidarité, l'exclusion sociale ou encore les multiples possibilités d'intervention pour l'entreprise

Le cycle a débuté par un bref historique de l'action humanitaire, présenté par le docteur Ruffin. Depuis les premières institutions aux Etats-Unis, il y a deux siècles, la solidarité s'est développée à travers la création d'organisations humanitaires. Les plus significatives sont la Croix Rouge et celles patronnées par les Nations unies. Ces organismes ont connu un essor rapide car la tradition du don dans les pays anglo-saxons ne se réduit pas seulement à un concept humanitaire, c'est aussi une réalité quotidienne. Les organisations non gouvernementales (ONG) dans les pays ont très vite tissé, avec les entreprises, des liens étroits, favorables en termes financiers et opérationnels. En Europe, en revanche, la création d'organisations du type "sans frontières" date des années 70. Une des spécificités du système français repose sur l'apparition récente et encore peu développée d'une politique du don. Faute de transparence, cette politique ne rencontre pas l'adhésion du public.

Un tissu associatif en expansion

Malgré l'absence de chiffres précis, on sait qu'il existe environ 75 000 associations qui développent des activités d'utilité sociale en France. Le tissu associatif est en expansion, mais il s'étend de manière inégale puisque, dans certains quartiers difficiles, on est en plein désert associatif. On peut également se demander s'il est de qualité. L'économie de marché prédominant comme régulateur des comportements, l'individualisme prime. Il faut toutefois relativiser la faiblesse du mouvement associatif, car il existe, en France, une volonté d'ouverture vers les autres, un gisement de solidarité, même si ce gisement a un rendement faible et manque encore de professionnalisme. Le développement considérable des systèmes de communication et d'information, véritables amplificateurs d'inquiétude, ont provoqué des blocages : inhibitions face aux engagements à long terme, qui reposent sur des valeurs et idéologies fortes.

Les enjeux d'aujourd'hui résident dans la mise en uvre de nouveaux partenariats entre associations et entreprises. On sait que la logique associative est totalement différente de la logique entrepreneuriale, et pourtant le dialogue est devenu nécessaire puisque le développement des entreprises dépend du tissu social. En effet, les entreprises sont aujourd'hui conscientes qu'il faut se mobiliser car il n'y a pas de développement économique possible sur un tissu social déchiré. Il faut désormais rechercher des solutions à long terme, en encourageant les entreprises à l'action humanitaire. C'est une relation de responsabilité profonde qui doit s'instaurer entre les deux partenaires. Or, donner du temps ou partager des compétences est souvent plus difficile que donner de l'argent.

Et, puisqu'il faut trouver des nouveaux liens de solidarité, pourquoi ne pas développer les collaborations avec les collectivités territoriales ? Un maire, par exemple, doit avoir la capacité d'être initiateur, acteur et rassembleur d'un nouveau concept de solidarité. M. Estavlie, de l'association Ville- emploi, témoigne de l'efficacité du regroupement des collectivités locales avec les entreprises. Mais il explique qu'il n' y a de réel partenariat que lorsque les entrepreneurs créant des contrats de solidarité ont un retour d'investissement.

Certaines entreprises s'engagent tout doucement dans le mécénat humanitaire. Elles ont, comme la SNCF, un intérêt direct ou indirect à s'occuper du problème de l'exclusion. Désirant récupérer les gares pour les rendre aux clients, la SNCF s'applique à améliorer le tissu social à raison d'actions de proximité qui s'inscrivent tout d'abord dans l'urgence (offrir un gîte) mais qui vont au-delà (travail social de réinsertion). Les entreprises décident généralement de devenir acteurs de l'humanitaire pour deux raisons : d'une part, parce que l'impact médiatique est important pour elles et, d'autre part, parce qu'il est fondamental que la personne trouve un intérêt autre que purement économique pour s'identifier à l'entreprise. Mais lorsque les entreprises travaillent avec les associations, la simple mobilisation pour des opérations de bonne conscience à court terme ne suffit pas.

Le don qui humilie

Il est également nécessaire de souligner que l'acte de don est un sentiment qui glorifie celui qui donne, mais qui trompe, humilie celui qui reçoit. Donc il faut plutôt rechercher et privilégier la notion d'alliance humanitaire, en tenant compte des référents culturels. Surtout si l'on considère que l'aide humanitaire s'adresse aux individus, et l'aide au dévelop- pement à la collectivité.

Nous pourrions rester sceptiques quant à la mise en uvre de tels principes. N'est-il pas trop utopique d'attribuer à l'entreprise "une citoyenneté secondaire et une responsabilité humaine et sociétale ?" s'interroge Rony Brauman .

En effet, outre quelques contacts fructueux, de nombreux gestionnaires ont eu l'impression qu'il restait beaucoup d'efforts à faire de la part des associations pour s'ouvrir à l'entreprise. Mais l'inverse est aussi vrai. Les entreprises cherchent avant tout des actions visibles et consensuelles. Autant dire, d'après Humagora, que l'humanitaire lointain, dans les contrées peu médiatisées, risque de ne pas avoir le succès qu'il mérite. Il n'en demeure pas moins que cette "première" dans le monde des salons comme dans celui du mécénat a appliqué quelques principes simples : la totale gratuité des stands mis à la disposition des exposants et la mobilisation bénévole des services publics. Ainsi, les portes du salon se sont ouvertes aux associations de petite envergure.

Quels enseignements peut-on tirer de cette initiative ? Tout d'abord nous avons été impressionnés par le nombre de personnes ayant participé ou visité ce premier salon du mécénat humanitaire. Nous avons nous-mêmes visité les stands afin d'évaluer les préoccupations des exposants par rapport à ce qui était débattu dans les différentes conférences. Il en ressort que nous sommes aujourd'hui tous témoins d'une véritable prise de conscience de l'interdépendance qui nous lie les uns aux autres, tant au niveau national qu'international.

Bonne volonté et barbarie

C'est cette prise de conscience qui, de l'avis général, révèle le gisement considérable de solidarité encore "sous-exploité" dans nos sociétés. Le principe de la bonne volonté qui - selon Kant - "était la seule chose pouvant être considérée comme bonne absolument...", est en train d'être reconnue comme la principale énergie pouvant nous permettre d'assumer nos responsabilités communes. Mais les propos d'Albert Camus, cités par un intervenant - "La bonne volonté, lorsqu'elle n'est pas éduquée, peut se transformer en la pire forme de barbarie" - méritent également réflexion. Il appartient donc au monde éducatif de s'engager à assumer un rôle beaucoup plus actif et approprié dans le processus de mutation en cours.

Le salon Humagora vient de montrer que l'opinion publique est disposée à assumer ses responsabilités en cette fin de siècle, à condition que les choses lui soient expliquées clairement et qu'elle ait une meilleure connaissance de sa propre nature. Un des intervenants a déclaré: "Nous sommes de plus en plus nombreux à avoir mal à l'autre, lorsque l'autre a mal". Le problème est de savoir combien nous sommes à exprimer librement cette inclination, sans craindre que l'on doute de notre bon sens.

L'initiative d'Humagora a reçu un soutien remarquable des responsables politiques, et nous voyons qu'ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser pour l'avènement de ces nouveaux types de rapports de solidarité. Le monde éducatif, qui a toujours été le creuset où se forgent les idées, pourra-t-il saisir cette opportunité afin de mieux préparer la jeunesse à assumer ses responsabilités dans ce monde en transition ? "Un peuple sans idéal est un peuple qui se meurt" dit-on. Le milieu éducatif pourrait peut-être rechercher les termes adéquats pour expliquer les véritables fondements des notions de solidarité et de partage. Il est clair que l'héritage culturel de l'humanisme européen est l'une des principales sources auxquelles les éducateurs d'aujourd'hui peuvent puiser, s'ils veulent apporter à la jeunesse une véritable vision de l'homme et de la civili-sation. Des questions essentielles qui interpellent de plus en plus la jeunesse ne devraient plus être abandonnées aux seules préoccupations de telle ou telle minorité. L'école laïque devrait pouvoir les aborder sans renier la lumière de la raison critique.

En un mot, on ne peut espérer de réel développement de l'action humanitaire que si l'on aide les hommes à redécouvrir l'amour de l'humanité ou, en d'autres termes, la bonne volonté et la solidarité. C'est peut-être ce qui pousse Jacques Delors à déclarer que "nous devons construire une Europe de l'âme."

Nous retiendrons aussi, pour finir, cette autre suggestion faite au cours de ce salon par un professeur de l'hôpital Cochin, qui évoquait "l'urgente nécessité de créer un troisième cycle de l'action humanitaire".

 

 

 

Nadine Cuiburu, Hélène Durand et Roger Odi.


Le premier Européen serait-il né en Angleterre ?

 

Frédéric Solbes*

 

Les singes et les hommes descendent d'un ancêtre commun qui, à l'heure actuelle, faute de preuves fossiles, n'est pas identifié. Quoi qu'il en soit, les chercheurs estiment que les deux espèces se sont séparées il y a entre 5 et 8 millions d'années. C'est en Afrique centrale, berceau de l'humanité, qu'appa- raissent les premiers hominiens. D'abord l'australo-pithèque, il y a cinq millions d'années, qui, déjà, amorce la station debout. La célèbre "Lucy", jeune femme de 3,5 millions d'années, découverte en 1974, en est d'ailleurs un représentant. Puis leur succède, plus loin du singe, l'homo habilis et, il y a 2 millions d'années, le premier homme primitif, l'homo erectus, plus grand et plus robuste, au volume crânien plus important. Enfin, l'évolution conduit, il y a 250 000 ans, à l'homo sapiens, avec l'homme de Néanderthal et, il y a 40 000 ans, à l'homo sapiens sapiens, avec l'homme de Cro-Magnon, véritable ancêtre de l'homme moderne.

 

Qui était "Roger" ?

C'est en 1993, dans une clairière du Sussex, à Boxgrove, que les paléontologues britanniques sortent, de 30 mètres de profondeur, un morceau de tibia humain. Des silex et autres pierres taillées furent aussi mises à jour au milieu d'ossements d'animaux. Baptisé "Roger", l'individu aurait, aux dires des scientifiques, vécu il y a un demi-million d'années.

Le peuplement de l'Europe a commencé il y a un million d'années. A l'époque, l'Angleterre était une presqu'île. Les frontières étaient d'ordre climatique géographique et variaient avec les migrations du gibier. Le climat était plus froid d'environ 5°. La faune était très riche et diversifiée : bovins, chevaux, rennes, lions, ours, rhinocéros, mammouths. "Roger", qui aurait mesuré 1m 80 et pesé 82 kg, n'avait pas domestiqué le feu, qui fut seulement maîtrisé il y a 250 000 à 100 000 ans.

L'examen de l'os dira si "Roger" avait une alimentation plutôt carnée, ce qui est fort probable, ou plutôt végétale. Il renseignera sur sa morphologie et son âge. Sa scannérisation pourra indiquer, enfin, s'il a souffert de maladies.

Cependant les doutes subsistent, et "Roger", aussi européen soit-il, ne semble pas pour autant être notre ancêtre. En effet, il est identifié à un pré- Néanderthalien et cette branche est sans issue dans l'évolution. Or tous les hominiens découverts sur le Continent ont cette caractéristique génétique.

De qui donc descendons-nous ? Selon les scientifiques, l'homme européen, qui vivait isolé de ses frères d'Afrique ou d'Asie où des populations évoluées existaient parallèlement, s'en serait, sur le plan morphologique, éloigné. Il aurait fini par disparaître il y a 35 000 ans. Il apparaît alors que notre ancêtre est l'homo sapiens sapiens, installé en Europe 5000 ans plus tôt. Espèce la plus réussie et la mieux adaptée, elle aurait supplanté l'homme de Néanderthal. N'y a-t-il donc pas eu croisement ? C'est peu probable.

 

Pour la petite histoire

Les Britanniques se sont empréssés d'ouvrir la compétition en déclarant leur "Roger" premier Européen. En effet, quelle occasion pour les Anglais, qui ne semblent pas gâtés au niveau des "vieux os". D'où cet enthousiasme compréhensible.

Pas étonnant, dès lors, que 29 cm de tibia soient si révélateurs pour les scientifiques d'outre-Manche. D'ici qu'ils en déduisent que "Roger" était droitier ou gaucher, il n'y a qu'un pas. Certes les techniques existent, mais des parties très importantes de l'ossement manquent, comme les épiphyses (extrémités arrondies de l'os).

Il est bien connu que l'on n'apprend pas aux vieux singes à faire la grimace. Mais de là à lancer la surenchère ! 450 000 ans pour l'homme de Tautavel en France. Qui dit mieux ? 500 000 ans pour "Roger". L'homme le plus vieux d'Europe est anglais. Cependant, d'autres fossiles plus anciens existent, comme la machoire de Mauer en Allemagne, datée de 500 000 à 700 000 ans.

Mais 29 cm de tibia méritent-ils vraiment une concurrence scientifique de caractère national ? "Sorry, Messieurs les Anglais", mais après tout "Roger" appartient ausi au patrimoine européen et humain.

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